Angélique, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment est née Plume de Nature, et en quoi votre activité de guide nature est intimement liée aux paysages et à la biodiversité du Centre-Val de Loire ?
Plume de Nature est née d'une passion pour les oiseaux à la base, une passion ornithologique que j'ai depuis environ 15 ans.. et le souhait de passer plus de temps dehors suite à mon activité principale de formatrice en communication digitale qui se passe beaucoup en intérieur. Plume de nature, c'est une guide qui connait principalement les oiseaux et les plantes mais vous fait aussi découvrir les mille et une merveilles du vivant (papillons, chauve-souris, salamandres, cerfs qui brament...). Une guide qui vous fait "voyager" sur les plus jolis spots de la région et vous les fait connaître autrement.
Vous intervenez sur trois départements aux identités naturelles différentes (Loiret, Loir-et-Cher, Eure-et-Loir). Quelles spécificités de ces territoires aimez-vous le plus faire découvrir, et quels lieux ou milieux vous semblent encore trop méconnus du grand public ?
J'adore montrer les côtés les plus sauvages, mais aussi ceux les plus empruntés parce qu'on ne les voit pas de la même manière, d'un regard naturaliste... Les milieux encore méconnus sont les haies bocagères, les petites rivières qui affluent de la Loire et les forêts en mode nocturne !
Avec vos compétences en ornithologie, botanique et gestion de la nature, comment transformez-vous une simple balade en Loir-et-Cher ou le long de la Loire en véritable expérience de découverte et de valorisation du vivant, y compris pour des publics peu initiés ?
Une "simple balade" est transformée en expérience grâce à mes petites anecdotes glissées tout au long du parcours, les observations qu'on peut réaliser sur le chemin, les échanges avec le public, la convivialité et surtout, très souvent, le moment dégustation ! Aussi, j'ai toujours avec moi un sac rempli de jeux pour les petits et grands enfants. La pédagogie, avec mes deux métiers, est mon fort... C'est ce "métier passion" qui fait que l'on vit des moments riches avec un public qui vient à la fois pour se ressourcer et en même temps pour déconnecter de son quotidien. Ce public ressort à 99% du temps émerveillé. Et ça, pour moi, c'est le plus important.
Vous proposez des sorties très variées, du brame du cerf aux plantes comestibles en passant par les oiseaux de Loire ou les mammifères nocturnes. Quel type d’animation provoque, selon vous, le plus de déclics chez les participants quant à la richesse et la fragilité de la nature en Centre-Val de Loire ?
Celle autour des oiseaux est toujours impressionnante car on n'imagine pas la diversité des espèces qui nous entoure, surtout avec les migrateurs qui arrivent chez nous chaque printemps. Même chose pour les plantes qui sont assez méconnues hormis les classiques orties, pissenlits et plantains. Il y a peu, j'ai aussi réalisé une animation nocturne avec la présence de renard, biche, sangliers, blaireau, lièvres et j'en passe. C'était assez dingue ! Parfois, ça peut relever de la chance mais si on trouve les bons endroits, qu'on se balade régulièrement avec une petite loupe botanique ou une paire de jumelles, qu'on apprend à observer autour de soi et être un brin curieux, on affine son regard et c'est là qu'on découvre la diversité, la richesse mais aussi la fragilité du vivant, quelle que soit la région !
En tant que guide indépendante, référencée notamment par l’Office de Tourisme des Terres du Val de Loire, quels sont les principaux obstacles que vous observez à une meilleure appropriation de la nature par les habitants et les visiteurs, et comment vos sorties tentent-elles de lever ces freins (peurs, idées reçues, manque de temps, etc.) ?
Le principal obstacle est la méconnaissance de son environnement. Les sorties permettent de mieux connaître son environnement, mieux l'observer et dépasser certaines croyances. Il est parfois difficile de les retirer, ces croyances, par exemple autour des serpents, des araignées, des "pipis" sur les plantes et maladies liées à la cueillette. Mais on peut déjà créer un début de réflexion chez les participants. Les échanges entre eux jouent beaucoup sur les idées reçues aussi, et ce sont ces interactions que je cherche à créer lors des sorties nature.
En regardant à moyen et long terme, comment imaginez-vous l’évolution de la découverte et de la valorisation de la nature dans la région : montée de l’écotourisme, intégration dans les programmes scolaires, nouvelles formes d’animations, impacts du changement climatique sur vos pratiques de terrain ?
J'ai l'impression que beaucoup de personnes ont conscience de l'importance de la nature dans leur quotidien et cela s'explique par plusieurs facteurs. La progression du dérèglement climatique, le COVID, la recherche d'une meilleure qualité de vie au travail... Chacun d'entre nous exprime un "besoin" de nature grandissant aussi pour fuir les réalités du quotidien souvent assez négatives (crises, guerres, épidémies, inflation...). Il y a aussi plusieurs études récentes qui "avantagent" une plus grosse affluence dans la nature. Par exemple, il a été démontré, depuis peu, qu'écouter 6 minutes de chants d'oiseaux par jour réduirait le stress et l'anxiété de 100%. Aussi, je pense que des phénomènes de mode se propagent comme une attirance particulière pour le brame, les plantes comestibles, les expériences en bateau... Cette société de consommation dans laquelle on vit et la publicité qui s'est grandement améliorée ces dernières années (réseaux, affichage, médias) favorise cette puissante montée de l'écotourisme. A long terme, il m'est difficilement possible d'envisager des sorties estivales autre qu'uniquement nocturnes ou les pieds dans l'eau !
Pour conclure, quel conseil concret donneriez-vous à quelqu’un qui vit en Centre-Val de Loire (ou vient y séjourner) et qui souhaite, dès ce week-end, commencer à mieux observer, comprendre et respecter la nature qui l’entoure ?
S'inscrire à une sortie nature avec moi, bien sûr ! ;)
Pour en savoir plus : https://www.plumedenature.com/